Le droit d’avorter toujours en péril
IVG . Un arrêt de la Cour de cassation reconnaît le droit à l’état civil des embryons et foetus morts en fausse couche. L’inquiétude grandit chez les défenseurs du droit aux femmes à disposer de leur corps.
« Nous assistons depuis des années, et particulièrement ces dernières semaines, à l’offensive des groupes anti-avortement, des militants pour la sacralisation de la vie, des intégrismes religieux. La remise en cause de la pratique de l’IVG en Espagne, de la légalisation en Lituanie et en Italie, la demande de Guliano Ferrrara d’un moratoire sur l’avortement dans le monde entier appuyé par le Vatican, et cet arrêt français de la Cour de cassation confirment nos inquiétudes sur le renforcement du front contre le droit fondamental des femmes à disposer de leur corps. »
une Brèche ouverte pour les fondamentalistes
Ces quelques lignes émanent du Planning familial, en réaction à l’autorisation, par la Cour de cassation, de donner un état civil à des foetus, voire à des embryons, morts avant l’accouchement, quel que soit leur degré de développement. Personne ne songe à mettre en doute la douleur de couples pour qui cet enfant en devenir était une réalisation, un accomplissement brutalement interrompu, dans lequel il avait investi ses espoirs.
« Le travail de deuil est indispensable », explique Laurence Roussel, militante au Planning de Nantes, mais « il serait beaucoup plus souhaitable d’envisager un véritable accompagnement de ces couples, que de se limiter à formaliser la reconnaissance de cette souffrance par un nom dans l’état civil. La question n’est pas de savoir à quelle date un embryon devient un foetus viable, mais de savoir dans quelles conditions cet enfant à venir est pris en charge par ses parents ».
On ne peut pas mettre dans la même logique un projet parental et l’avenir d’une adolescente ou d’une femme qui refusent d’assumer une grossesse et la venue d’un enfant non désiré. Et c’est là où blesse cet arrêt de la Cour de cassation qui permet, aujourd’hui, aux fondamentalistes anti-avortement de trouver une brèche où s’engouffrer. D’autant qu’en France, les difficultés d’accès à l’IVG perdurent. « La loi n’est pas respectée, remarque Laurence Roussel. Les jeunes mineures, qui sont les plus vulnérables, devraient pouvoir y accéder avec l’accompagnement d’un adulte mais sans autorisation parentale, or là aussi, certaines structures exigent l’autorisation parentale… Nous avons fait une campagne en Île-de-France sur le droit à la contraception et à l’avortement, et nous avons dû faire face à une saturation des lignes dédiées à cette campagne de la part des anti-avortement.
Ils ont bloqué les standards, ils ont dégradé nos locaux, des élus ont été harcelés. Il y a un renforcement de cette tendance, qui se sent plus libre d’intervenir. Ils ont les coudées plus franches, grâce à la composition du gouvernement. Christine Boutin ne s’est pas exprimée sur ces questions, mais elle est très connue pour ses positions anti-avortement. Cela donne à ces mouvements une légitimité inconsciente. Et plus cette légitimité progresse, plus celle du droit des femmes régresse. Tout cela crée un climat de culpabilisation que nous ne ressentions pas auparavant. C’est un droit relativement fragile. D’autant que les jeunes ne pensent pas à le défendre, car il fait partie de leur héritage, c’est un droit acquis. »
la remise en cause de la limite fixée par l’OMS pose problème
Un droit fragile, c’est aussi l’analyse de Geneviève Fraysse, ex-députée européenne : « Je suis inquiète. Chaque fois que les anti-avortement peuvent trouver une brèche, ils s’y engouffrent. J’entends bien la volonté des parents, mais la remise en cause de la limite fixée par l’OMS pose problème : quand un embryon devient-il un foetus ? Les anti-avortement peuvent être ravis s’il suffit de deux cellules pour constituer un être humain.
Il nous faut de la loi sur cette question. L’OMS avait pris une sage mesure. Maintenant, en France, il faut une règle. Il faut être vigilant. Et ne pas oublier que tous les lobbies anti-avortement saisissent toutes les possibilités pour s’introduire dans n’importe quel débat… Ils l’ont fait au Parlement européen sur les cellules souches, alors pourquoi pas aujourd’hui sur cette question. »
Émilie Rive
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